Un sushi dans mon lit

28 septembre 2005

Tap ti dou da da... badaboum

chiyo_ziyi
Zhang Ziyi (Memoirs of a Geisha)

Je regarde le plafond de ma chambre, ce gris qui m'entraîne dans le sillon des souvenirs. Ni noirs, ni blancs. Ces images défilent une à une avec un sourire ou une larme en guise de signature sur chacune d'entre elles. Ca yoyote dans ma vie. Hier soir je chantais allègrement sur du rock seventies, ce matin je déglutis la morosité d'un ciel gris qui se reflète sur le miroir. Sa bague est toujours dans mon sac, celle que j'ai faite refaire à sa taille en sachant que notre histoire était condamnée. 25 ans après-demain. Je la déposerais chez lui sans demander mon reste. Quand je pense qu'il m'avait dit il y a quelques mois "2005, nouvelle voiture, nouvel appart,nouveau boulot, nouvelle copine..." J'ai envie de rire de cette histoire mais certains matins elle passe moins bien que d'autres. Je crois qu'il a eu son appart' ,dont je n'aurais pas les doubles des clés. Je crois que je m'y suis toujours attendue même si j'ai trouvé la fin brutale et imprévisible. Aujourd'hui lorsque j'y pense, je n'ai plus mal parce que j'ai réussi à tourner la page. J'essaie juste de comprendre ce qui se passe dans la tête d'un homme qui va chez Confo chercher avec vous l'avenir et fait une croix sur vous deux jours plus tard pour une inconnue. En fait je trouve ça drôle tellement c'est incongru... Je n'arrive pas à pleurer sur cette fin tant elle est ridicule. "Tu sais ta mère y est pour beaucoup". Han maman si tu savais... Cette môman chérie qui me parle de cette histoire comme si elle était sienne, qui la raconte aux autres en ayant pitié pour moi. Cette extrêmiste de l'amour - et c'est un euphémisme - qui a l'air de savoir mieux que moi ce que je ressens alors que pas du tout. "Tu ne le reverras plus". Et si je veux ? T'inquiète pas maman, je ne risque pas pas de retomber amoureuse de lui. Ce n'est plus lui que j'aime, ce sont les bons moments que nous avons vécus durant ces trois ans et des brouettes. Le reste, je l'ai jeté aux oubliettes. Ca ne sert à rien de s'encombrer de ces cailloux qui font saigner le coeur les jours où l'on a envie de déprimer. Et toi pauvre maman qui croyait qu'on allait s' marier bientôt. Mais ça va pas naaaaaaaan... Moi qui ai à peine 20 ans et qui me comportait si souvent comme une ado naïve en rêvant à l'amour toujours. C'est bien de grandir et d'être réaliste. Ca évite de se prendre des claques qui mettent KO au premier round. Ca fait moins mal. Même si en ce moment je suis sur un nuage et que j'ai peur de la descente. Je ne refuse jamais le bonheur lorsqu'il vient. Il ne se refuse pas à moi. Il faut juste avoir le courage de se préparer à le voir repartir. Pas tout de suite s'il vous plait...
Je ferais de mon mieux pour le retenir.

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18 septembre 2005

More or less

jessica

La fatalité n'existe pas. J'ai longtemps cru en elle pour me dédouaner de mes responsabilités. Il arrive que la vie nous inflige des épreuves mais rien n'arrive par hasard. Il y a certes de la chance, des coïncidences ou parfois un malheur incompréhensible qui nous tombent dessus. Mais hormis les catastrophes naturelles et les morts tragiques que l'on ne contrôle pas, notre main seule écrit notre propre histoire. J'ai continué aujourd'hui à lire mon livre qui donne des leçons de vie. J'en prends de la graine tout en me disant qu'il ne suffit pas d'être d'accord pour que la face de mon existence en soit chamboulée. Je me sens encore bien timorée, faible, au point d'avoir peur d'annoncer notre rupture à mon père. Je ne comprends pas les mécanismes de ma peur, mais tente de les élucider tant bien que mal. Je baisse la tête comme une gamine de quinze ans, bouillonne de rage en silence chaque fois que l'on crie sur moi, pleure la vie qui me fait courber l'échine. Je me regarde dans la glace et me demande où est passée celle que je rêvais d'être à l'âge de huit ans. L'époque où mes rêves semblaient encore loins d'être atteinds mais j'y croyais si fort. Je me déçois.

Je suis décidée à ne plus subir mais bien de choisir mes actes, en porter l'entière responsabilité, aller plus loin avec l'expérience qui peint le tableau de mon passé. J'ai beau lui en vouloir, en vouloir à mes anciens amis. Après tout, j'ai choisi de m'éloigner, de jouer ma chieuse, de ne pas dire stop lorsqu'il en était encore temps. J'ai laissé la vie filer et m'emporter dans son courant en croyant qu'un jour la vérité coulerait de source. A trop attendre, j'ai récolté des fruits pourris, gâtés par la sécheresse de mes actes. Je suis contente de me rendre compte à bientôt 21 ans que j'ai encore du travail à faire sur moi-même, que je peux m'améliorer, qu'il n'y a pas d'âge pour prendre sa vie en main au lieu de la laisser s'égarer sur des sentiers marécageux. Je ne veux pas couler. Je ne veux pas me perdre. Je ne veux pas devenir quelqu'un qui dans quelques années se détestera au point de pleurer sur son sort tous les matins au réveil. Je continuerais encore à faire des erreurs, à tomber, trébucher, échouer, crier, hurler, pleurer. La seule force qu'il nous reste c'est se relever encore, d'apprendre à être fort, ne plus reproduire les mêmes scénarios qui nous enlisent et tirer leçons de nos fautes commises.

Cet amour vécu pendant trois ans, aujourd'hui, je le vois comme une histoire d'amour d'ados comme on en vit à 13 ans. Des heures à se contempler, se bisouter, à ne pas savoir quoi faire aussi, à s'ennuyer, des journées à tourner en caisse, se dire je t'aime moi aussi, des enfantillages et des rêves de robes blanches comme on rêve d'être Blanche Neige. C'était une mignonne première histoire, un peu ennuyeuse sur la fin, avec du recul et un peu de réalisme. Je ne regrette rien. J'ai cru que ça allait s'éterniser, que la solution tomberait du ciel. Il a écrit la fin avant que je ne la trouve. Prématurément, je me sens grandir et je peux maintenant me regarder en face avec un espoir presque démesuré quant à l'avenir.

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08 septembre 2005

L'histoire sans fin

Merci. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit. Merci à vous qui essayez de me comprendre, de m'aider, de me montrer le droit chemin. En vous lisant, j'ai laissé des larmes glisser sur mes joues. De l'émotion, de la gratitude, un poids de solitude en moins. Pour la première fois de ma vie, je ne me sentais plus seule. Je ne peux toucher de mes doigts que mon écran poussièreux, mais si seulement vous saviez comme j'aimerais pouvoir vous faire la bise à chacun, vous prendre dans mes bras, laisser éclater quelques sanglots de soulagement. Mes deux derniers posts ont été enlevés de ce blog mais je les ai conservés avec vos commentaires qui m'ont mis du Vicks au coeur.

J'ai cherché la tristesse ce matin. Elle est partie se promener dans les bois. Je me suis réveillée avec un goût amer de déception et d'incompréhension. J'étais à ses côtés.Tout le monde semble comprendre l'absurdité de la situation. Tout le monde sauf la personne qu'il faudrait. On ne choisit pas pour les autres. Il est déjà tellement difficile de choisir pour soi-même.

A l'heure où j'écris, je ne pleure plus. Je n'y arrive pas. Je me sens un peu fébrile juste et quelque part consciente que c'est très grave d'accepter ce qu'il arrive. La situation a touché un extême inimaginable. Je fais une overdose de tout cette peine qui m'a paralysé la vie ces derniers jours. J'ai passé la journée d'hier le ventre noué, le coeur prêt à imploser, les nerfs brûlant à petit feu jusqu'au moment fatidique. Finalement, nous avons passé une bonne soirée. Finalement aussi l'histoire ne s'arrête pas là, dans le sens où rien n'est résolu. Si vous saviez comme tout cela devient malsain, vous me tueriez. Je hais cette fille, cette inconnue venue briser ma vie, cette salope irrespectueuse qui n'a pas de remords de piquer le mec d'une autre. J'ai envie de lui cracher à la figure et lui dégueuler mon dégout. Je mérite mieux que d'être quittée pour une saloperie pareille. Ma belle conasse, je te hais. Désolée mon coeur si tu lis ces lignes, mais tu ne pourrais imaginer la souffrance et l'écoeurement que je ressens à ce moment même.

Si l'amour aveugle, mon obstination aussi. Je suis lâche, faible, amoureuse. Où fixer les limites. Indéfiniment, je ne peux rester figée au bord de la route en attendant le prochain ramassage. Je vais devoir agir. Avant d'agir, je dois me poser les bonnes questions, y voir un peu plus clair, car je nage en plein brouillard.

Je vous le dis, c'est bientôt fini. Je n'aurais plus la patience d'attendre. Souffrir n'est pas vivre. Vivre sur une liste d'attente n'est pas une vie. Mon amour, rend moi ma liberté d'aimer. Aimer sans avoir mal.

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05 septembre 2005

I, me and myself

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Ce n'est rien  / Tu le sais bien / Le temps passe  / Ce n'est rien / Tu sais bien / Elles s'en vont / Comme les bateaux / Et soudain
Ça revient / Pour un bateau qui s'en va / Et revient / Il y a mille coquilles de noix / Sur ton chemin / Qui coulent et c'est très bien
Et ce n'est qu'une tourterelle / Qui s'éloigne à tire-d'aile / En emportant le duvet / Qui était ton lit / Un beau matin
Et ce n'est qu'une fleur nouvelle / Et qui s'en va vers la grêle / Comme un petit radeau frêle / Sur l'Océan


2005 n'était pas une année heureuse. Ni pour le monde, ni pour moi. Les avions dérapaient du ciel, les gens mouraient noyés, explosés, brulés, accidentés, de vieillesse aussi et moi de chagrin. On se demandait chaque jour ce qu'il pourrait arriver de pire et le lundi 5 septembre au matin, en allumant la télé, entre deux clips de variétoche, on apprenait qu'un avion de plus était tombé, cette fois-ci sur l'île de Sumatra, emportant avec lui des vies, encore d'autres. Je n'avais pas honte de pleurer pour moi-même, la morve pendu au nez, mes fesses pendues à la cuvette des toilettes, mes larmes dégoulinant pour cause de vicissitudes quotidiennes mal digérées. J'étais triste et déprimée, j'avais les yeux gonflés et le coeur émietté. Je l'assumais. Je vous ferais grâce de mon dimanche excécrable et garni de pulsions suicidaires. Je préfère rire de ma propre névrose. Quand je suis au bord de la crise de nerfs, c'est à ce moment précis que je pense. Celui où j'en ris. Ca ne va pas mieux, c'est juste un essui-glace entre deux visions brouillées de pessimisme.

On ne pouvait pas expliquer pourquoi son propre malheur était si difficile à gérer alors qu'il y avait bien pire à l'autre bout du monde ou même chez le voisin. Tout comme le bonheur, on ne pouvait que supposer que le malheur était propre à chacun et subjectif. Le mien vous semblerait dérisoire alors qu'il pourrait bien me pousser un jour à jouer les funambules sur le rebord de la fenêtre. Une goutte d'eau essuyable d'un coup de manche pour vous, un océan infranchissable pour moi. C'est toujours plus facile lorsqu'on est à quai et qu'on regarde l'autre se débattre au loin parmi ce qui lui semble d'énormes vagues alors qu'il a pied.

J'en suis un peu là. J'ai pieds, mais je me noie quand même. Ce qui me fait relativiser, c' est le ridicule de la situation. Je me vois bien demain devant mon médecin du travail, durant cette fameuse visite médicale, lui dire que j'en ai assez d'être une déprimée chronique et que les gens m'utilisent avec l'audace de me dire après coup que je ne pense qu'à moi.

C'est vrai, dans ce post, je n'ai pensé qu'à moi. Il n'y a bien que sur ce putain de blog que je le fais. Alors bon, j'vais pas me priver non plus.

Sur ma main, il y a inscrit : I'm neither a winner, nor a loser pour ne jamais oublier qu'on ne peut ni gagner, ni perdre à chaque fois. Se relever est une victoire. Tomber est une défaite de courte durée tant qu'on sait comment repartir. C'est une histoire de balancement incessant.

J'écoute Julien Clerc.

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25 août 2005

I'm not so crazy

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Le train courait sur la ligne de chemin de fer. Il était près de 9h. Puis le soleil est tombé derrière un immeuble haussmanien. Je n'ai rien vu venir. Les bureaux se sont dépeuplés. Je n'ai toujours rien vu venir. Le temps fait son sprint. Finalement, mon stage se prolonge une semaine de plus. Par solidarité car ils ont besoin d'un coup de main. Parce que je n'ai pas fait mes douze semaines conventionnelles qui valideront mon année. C'est un peu pour ça aussi.

Les gens sont rentrés de vacances. Définitivement.

La pluie cogne aux vitres. Comme un jeudi 25 août parisien. Banalité de fin de saison, ou presque. Nous avons une fois de plus échappé à la canicule tant attendue. Nous ne finirons pas de l'attendre. On s'était dit rendez-vous l'an prochain.  Elle n'est pas venue. En échange, nous avons vu des forêts brûler et des avions tomber du ciel. Comme chaque fois, il faut trouver un coupable. Peut-être Lance Armstrong. Libé.fr titre "Armstrong nie toujours s'être dopé, ses fans le croient" . Ca m'a rappelé l'affaire Jackson. Rire intérieur. Chers fans fidèles, quelle crédulité. Ou peut-être pas. Ah. On a déjà oublié les morts...

Hoax ou pas, ça me m'étonnerait même plus. Schwarzy gouverneur, Walken président ?

J'ai passé une nuit fièvreuse à me tourner et retourner dans mes cauchemars. Je me suis retrouvée enceinte à faire des photocopies devant la machine à café.

Ma camisole. Merci.

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24 août 2005

Rien

helenabonhamcarter

J'ai le cerveau en putréfaction. Je n'arrive plus à penser correctement depuis quelques jours, ni à écrire. Plus de mail, plus d'msn. J'ai un sacré blocage après le salut! Alors j'écris de la merde, pour dire que je n'en suis pas encore à faire du potage avec mes neurones. J'ai la conscience tranquille dès que je bloggue. Je bloggue donc j'existe.

Les même gestes que je répète chaque matin, chaque jour, robotise mes pensées. Me lever, vous lire, écrire, ma tartine de miel, aller au p'tit coin, c'est tout juste humain. En littérature, au cinéma, pour que le spectateur ne s'ennuie pas, on prévoit généralement un élément perturbateur, une intrigue, des méchants, une scène d'amour avec du cul, plein de cul... Comme je n'ai pas le luxe de me payer ça en ce moment, j'en suis réduite à bouffer du pop-corn devant ma propre vie. Et hop, trois kilos de plus dans les fesses. Comme j'aimerais pouvoir faire ça.

Ils profitent de ma dernière semaine pour me harceler de boulot. Non stop. Je tape, je tape, je tape encore, je vais chercher un café, je photocop' des factures qui valent 20 fois mon salaire. Je vois les mêmes gens, les même façades, je sens les même odeurs d'aïoli tous les matins par la fenêtre du bureau. Je vois qui sont les vrais aimables et les vrais hypocrites aussi. En fait non, je ne vois rien du tout. Je ne fais que sourire à longueur de journée. Bêtement, mièvrement devant le mac [qui buggue aussi] même pas parce que je suis heureuse, c'est juste psychologique. Ca m'évite de penser que ça me les broute de bosser autant.

Pfiou. Je pense que la goutte est au bord. Et pourtant le verre est vide. Ma tête aussi l'est.
Putain, Raïduk, reviens. Tu fais chier avec ta mode.

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17 août 2005

I'm the king of the world

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- Question à 12 000 euros. Laquelle de ces actrices jouent dans "Le Retour du Roi"
- Chouette. J'ai vu ce film plein de fois. Je suis fan du Seigneur des Agneaux.

Les gens me font rire.
Peut-être que dans une autre vie Orlando Blum s'appelait Hannibal Lecter.

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05 août 2005

Aux 35 h de l'amour

J'ai décidé de fonder l'association des bouches trou de France, fédérant l'ensemble les petites amies éplorées réduites aux 35h.  Ce temps, si court, passé au bras de l'être aimé, qui vagabonde à droite à gauche au lieu de satisfaire sa dulcinée. 35 heures et pas une minute supplémentaire. C'est déjà assez fatiguant de la faire rire, mais de la rendre heureuse en plus, vous pensez ! L'indépendance. Vive l'indépendance. Et la dépendance alors. J'ai eu le malheur, encore enfant, de tomber dans le mauvais chaudron. Je confond les deux. C'est malheureux pour celui qui devra défaire le sort. C'est un genre de malédiction non ? Quoiqu'il en soit, les 35h passées ensemble, ce ne sont pas des chimères dans mon cas. Je crois en passer moins encore avec chéri. Je suis passée au régime du vendredi soir et week-end compris. Je me désèche à vue d'oeil. Je suis un petit pois flétri qui attends qu'on le transforme en citrouille.  On flirt comme on écrit un mail au bureau, entre deux pauses café et trois rapports à taper. C'est beau l'amour. Mais je le prends bien.

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04 août 2005

Torpeur mécanique

Que j'ai pu rire. Jusqu'aux larmes même. Des rires qui ont dû chatouiller les anges et faire sursauter Dieu. Rire de ne pas croire. Rire naïvement que la vie était celle que je rêvais. La vie rêvée des anges. Celle qu'on imagine dans les songes un peu humides, qui laissent la bave émerveillée au creux de l'oreiller et disparait dès l'aube au départ du vampire qui m'a sucé toutes mes envies d'idéaliser. Je fantasme sur une vie banale sans dents de scie sur lesquelles je viendrai casser les miennes. J'étais hilare lorsqu'on m'a dit il y a quatre ans que les amis se comptaient sur les doigts de la main. A l'époque j'en avais 10. C'est l'époque où l'on était 20.  Bien entendu, c'était le temps des conneries comme celui des cerises et des amitiés faciles. Des "t'es ma super meilleure amie pour la vie" parce qu'on prend le même bus tous les matins et qu'on se lache des surnoms ridicules qu'on n'oserait donner au poisson rouge. Quatre ans plus tard, vous ressemblez à des spectres qui longent les murs pour ne plus se voir. Et c'est de la connerie que de croire qu'une vie c'est comme un patchwork où des morceaux douloureux du passé pourraient donner quelque chose de beau avec ces putains de pièces du futur. Depuis j'ai appris à compter. A rebours. Depuis on m'a baisé par derrière. Depuis j'ai appris à tirer des traits, à tirer sur les autres, à ne plus me tirer sur les pieds. A la règle et au marqueur, j'efface mon envie de gerber sur ceux pour qui j'ai pleuré. Pour rien. Pour qu'il ne reste plus rien. Recommencer. Réécrire. Au crayon à papier. Comme ça la prochaine fois, y aura juste à gommer.

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C'est quoi ton genre ?

confusions_des_genresC'est pas mon genre. Joli euphémisme pour dire que quelqu'un[e] ne te plaît pas [du tout] ou pire, ressemble à ton anti-prince[sse] charmant[e], un peu comme le mec de Mon incroyable fiancé à la télé. Je dis ça parce que les premières rencontres sont toujours sujettes à des conversations qui ont cette mauvaise manie de vouloir cataloguer les goûts de chacun[e].
Les questions fusent, les genres con-fusent. Alors c'est quoi ton genre ? De films, de musique, de livres, de bouffe, de savon pour les mains, de bière, de bonbons à sucer, de positions, de lieux à faire l'amour, de caisses, de fringues, de couleurs de cheveux, de shampoing anti-pellicules, de mecs, de gros mots, de stylos rétractables, de manières de te foutre en l'air. Au fait, t'es quoi comme genre fille ?
Rigolotte. Névrosée. Un peu bête. Gamine. Extravertie. Parano. Mélancolique chronique. Neurasthénique les jours de pluie. Enjouée après l'amour. Caline après l'orage. Brune aussi.
Tu veux cocher des cases ? Un peu comme au loto. C'est pile ou face. On ne sait jamais jamais sur quoi on va tomber. A l'instar de la boîte de chocolat de Forrest. En même temps, vous allez me dire, on choisit son chocolat avant de le bouffer.

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