20 juillet 2007
Une vie tirée par les cheveux

Justin Chambers
Vivre tout ce qu'on peut vivre. Ca fait des histoires à raconter. Aux parents, aux amis, aux gosses plus tard, ou dans un bouquin. En pleurer ? Trop facile. En rire ? Difficilement sur le moment, mais après coup, oui, sans doute, pourquoi pas. Détruire, reconstruire. Le changement m'arrache une larme et un soupçon d'appréhension tandis que l'excitation vient fourrer son nez dans cette vie renouvelée. Le préavis sera déposé, le compte à rebours lancé, mon troisième déménagement en un an amorcé. Un mélange de réflexion, de nécessité, de soulagement aussi peut-être. Les limites ont été dépassées. La vie, c'est comme une brocante. Les sentiments se bradent, n'ont plus de prix, se jettent à la volée à qui en veut. Dans le doute, j'essaie de m'accrocher à quelque chose. Pas aux prédictions de la voyante (fausses à mon avis, mais trop réalistes pour ne pas me faire flipper), à mon optimisme ou mon pessimiste selon. Je cherche des raisons d'être, et il en existe certainement à la pelle. Ma vie connait des absurdités qui se racontent et provoquent des moqueries ou de la consternation. Les amis prennent ma défense, les autres me traiteront d'égoïste ou de masochiste.
Vivre tout ce qu'on peut vivre. Arracher des opportunités, profiter des situations, quitte à vivre dans l'inepte et l'inconcevable. Ca étonne les autres, ça fait réfléchir sur les capacités humaines à s'accrocher à certaines choses. Transition. Transiter. Vers quoi, vers des lendemains fastes et des avenirs non tracés. Putain de non-fataliste. Je déteste entendre "bah si c'est comme ça, c'est que c'était écrit". On inventera toujours des raisons pour ne pas se bouger. C'est facile, oh oui facile.
Je reviens doucement à la réalité, cette réalité outrancière qui me fait constater ce que je ne voudrais admettre.
J'aime la vie lorsqu'elle est clémente. J'aime la vie qui vous donne une chance, celle que l'autre ne vous autorise pas. Au fil des rencontres, l'amertume se caramélise. C'est rigolo et c'est sucré.
Qui est bon, qui est méchant. Zéro victime, zéro coupable. We're all to blame. We all have an other chance.
Une preuve d'absurdité ?
Pour passer le temps, les commerciaux se baladent dans les locaux avec des détecteurs de métaux parce qu'on a des problèmes de mails... On se croirait dans une chasse au trésor. C'est risible.
Commentaires
Joli texte, sukie. La fin en particulier m'évoque un passage des "Lettres à Lucilius" (de mon vieil ami Sénèque) :
////"Oui, c'est cela, mon cher Lucilius, revendique la possession de toi-même. Ton temps, jusqu'à présent, on te le prenait, on te le dérobait, il t'échappait. Récupère-le et prends-en soin. La vérité crois-moi, la voici : notre temps, on nous en arrache une partie, on nous en détourne une autre et le reste nous coule entre les doigts. Pourtant, il est encore plus blâmable de le perdre par négligence. Et, a bien y regarder, l'essentiel de la vie s'écoule à mal faire, une bonne partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce qu'il faudrait faire."///
Bon w-e !
merci pour ce delice de mot assemblés pour l'occasion car jamais par habitiude mit cote a cote.... Su les fait se connaitre, se lier pour qu'il en ressorte des dires inévitablement dictés par une maitresse du vocabulaire et de ses tournures
très joli texte en effet!
merci :)
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