14 juin 2007

On ne reporte pas la vie à demain

W_kate
Kate Winslet

Mes cheveux ont retrouvé la couleur de mon enfance. Un noir jais un peu artificiel qui donne pourtant du réconfort et même un certain plaisir. Ce nouveau reflet dans le miroir insuffle un changement intérieur plus profond que je désirais depuis quelques temps déjà. J'ai fait une croix sur mes cheveux rouges, abandon une adolescence frivole que je ne souhaite plus retenir. L'immortalité de mes 20 ans ne m'intéresse plus. Aller en rendez-vous client en ayant l'air d'une punk négligée (bonjour les racines!) non plus. La démarcation n'est pas une histoire de coloration. Se différencier des autres, c'est non pas changer d'apparence, mais savoir évoluer à l'intérieur. Je comprends peu à peu qu'en choisissant d'aller chez le coiffeur, j'optais pour la solution de facilité. Il valait mieux que je me rencarde moi-même pour une séance d'introspection, plutôt que de changer de couverture en croyant que ça allait me protéger de toutes les saloperies extérieures. Je change et ça fait du bien. Un peu frileuse encore comme lors des premiers pas dans la mer, je tente de retrouver un équilibre qui ne met plus le spleen sur un pied d'estale. J'éprouve une lassitude saine à pleurnicher les trois quart de ma vie. Je ne vois plus dans ces excès qu'un caprice débilitant.

Malgré les déceptions et les blessures de ces derniers mois, je suis dans un processus de reconstruction. Je veux faire peau neuve, avec cette touche d'indépendance qui me manquait jusqu'ici. Cela fait deux semaines que je ne vois plus ma psy. Je déprime beaucoup moins. Ni thérapie, ni médocs. J'avance seule, sans béquille, avec pour seul appui, ma volonté d'avancer, quelques amis proches et mon petit ami. Je veux sortir du moule, casser les clichés. Je vis avec mon ex, devenu confident, et qu'est ce que ça peut faire. Les gens font des ooh et des aaah lorsque j'en parle mais après tout, tout ça nous appartient. Depuis quelques semaines, je sens que ça va mieux, parce que j'ai enfin activé la fonctionnalité "Pardon". Je n'ai plus mal. J'accepte que dans la vie, il arrive des imprévus, des intempéries, suivies de naufrages, mais aussi d'éclaircies.

Malgré mes dépendances affectives, je me rends compte que je suis une fille solitaire. J'aime vivre seule, même lorsque je suis en couple. Un couple c'est 1+1=1, mais aussi 1+1=2. Ce n'est pas très mathématique, mais ne m'en voulez pas, je n'ai jamais excellé dans cette matière. Même en étant avec quelqu'un, il faut apprendre à ne pas souffrir des têtes à tête avec soi-même. C'est une question de survie. Je me suis posée un tas de questions à ce sujet. Pourquoi les gens avaient tant de mal à faire des choses seuls. Aller au ciné, manger dans un bon restau, partir en vacances. Pas tout le temps, mais pour certains, c'est inconcevable. Mince, c'est pas compliqué, si ?

Dans les ellipses subies par ce blog, j'ai occulté ma rupture avec J. Mais cette ellipse contient aussi nos retrouvailles. J'ai pris pas mal de décisions réfléchies ces dernières semaines. Je sens que la vie est moins pute et moi-même moins brute. Je me sociabilise. C'est aussi bien ainsi.

Depuis que j'ai vu Le Scaphandre et le Papillon, j'ai ouvert les yeux sur l'importance des actes en eux-mêmes, ceux qu'on fait au présent, pas ceux qu'on prévoit de faire ou qu'on ne fantasme qu'en secret. Malgré les émotions, les sentiments, nichés dans cet intérieur complexe, seuls les actions comptes, seuls témoignages, seules preuves, seuls miroirs visibles de nos ressentis. Dire, penser sans agir, c'est peanuts, fantomatique, illusoire, lâche, ou peut-être mensonger. Il y a pas mal de choses que l'on peut procrastiner dans la vie. La vaisselle, le repassage, les révisions d'exams, mais pas la vie en elle-même, l'affection à témoigner aux gens que l'on aime, l'amour à montrer, le bonheur à saisir. Agir aujourd'hui et maintenant. Malgré la douleur, les épreuves. Savoir courir avec ses blessures, savoir vaincre ses peurs, savoir être résilient. Un jour, il sera peut-être trop tard. Ca n'arrive pas qu'aux autres.

A 22 ans, je commence doucement.

Chuchoté par sukie à 17:02 - OptiMistiC - Com' tu dis [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

En tous cas ça te va super bien toute brune, t'es trop belle ;)
A demain :)

Chuchoté par Isatys, 14 juin 2007 à 17:25

Hmm, tres vrai tout ca, beaucoup auraient besoin de le savoir aussi... Chapeau, ca fait plaisir de te lire bien dans tes chouzes un peu..

Chuchoté par igalico, 14 juin 2007 à 20:42

Enfin...

Bonne nouvelle, tu te sociabilise. Tu deviens moins "sauvage" :) Alors on va peut-être finir par arriver à se retrouver avec les autres pour déj' un de ces quatre. :p

Chuchoté par M@Nu, 15 juin 2007 à 09:55

C'est le premier article que je lis ici.
Et il en vaut la peine, ouais vraiment.

Chuchoté par Puke, 17 juin 2007 à 12:43

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