30 mai 2006
Le goût de la nostalgie

Jennifer Garner
En y pensant, ma mère et ma grand-mère avaient dû passer la moitié de leur vie aux fourneaux. L'art culinaire avait quelque chose de sacré dans ma famille et chacune des femmes, et des hommes aussi par ailleurs qui la compose, voue un culte démesuré à la concoction de bons petits plats. Invités chez moi par un dimanche même ordinaire, vous comprendriez bien vite pourquoi je vous parle de cela en ces termes. Quant à moi, je ne pouvais que les admirer de loin, un peu flemmarde somme toute de m'atteler à cette tâche. J'ai pourtant ajouté cette résolution dans ma to-do-list pour les jours, les semaines, les mois et les années à venir, déterminée à perpétrer cette tradition devenue sacrée. Mon père même me tannait de temps à autre pour que je m'active à devenir une femme accomplie en enfilant le tablier. Il ne faut pas oublier qu'un père asiatique, reste un père asiatique. Parfois, en privé, lorsqu'avaient lieu nos longues discussions sur la vie (qui ressemblent plutôt à des monologues patriarcaux), il me faisait part des choses qu'une femme se devait pouvoir et savoir faire dans un foyer. Loin de trouver ses idées obsolètes, je me rendais compte que j'étais loin de ressembler à ma mère à ce point de vue là et qu'hormis faire la vaisselle et mettre du bordel dans ma chambre, je ne faisais pas grand chose à la maison. Pouvais-je lui avouer que j'étais exécrable même en faiseuse de café et qu' à l'agence on m'avait exempté de cette corvée, dieu soit loué. Heureusement, j'avais appris à repriser les chaussettes et à blogguer avec mes dix doigts. Mais je pense qu'il n'en aurait cure de ces babioles. Il souhaitait simplement que je puisse faire embaumer un jour la maison de ces parfums culinaires exquis.
Malgré toute l'énergie souvent dépensée à rouspéter contre ma génitrice, je lui vouais une admiration sans égal. Peut-être qu'un jour je vous conterais son histoire qui ne m'inspire lorsque j'y songe, qu'un profond respect. Bref, je crois que je n'ai jamais vu une femme passer autant de temps dans cette pièce que les anglophones appellent kitchen et témoigner autant d'exaltation au visionnage d'un film avec Steven Seagal.
Si je vous parle de cela aujourd'hui, c'est parce que je suis tombée sur un post qui m'avait particulièrement touché, intitulé "The secrets of Incredible food". La narratrice faisant partager son expérience, confiait que la réussite culinaire résidait certainement à la fois dans le choix de bons ingrédients et d'une bonne dose de technique, mais que le tout, saupoudré de nostalgie, donnait quelque chose d'encore plus merveilleux. J'aime cette théorie, des souvenirs qui donnent de la saveur à ce que l'on mange. Parce que dimanche dernier, en savourant la soupe de ma grand-mère, je me suis soudainement dit qu'un jour, je me souviendrais des plats qu'elle nous a toujours confectionné avec tendresse. Le goût, l'odeur, la beauté de chacune des ses oeuvres, si je puis les appeler ainsi seront toujours associés à l'amour qu'elle nous a porté et qu'elle a toujours pris soin d'incorporer à grandes doses dans ses préparations.

Soupe de nostalgie
29 mai 2006
Spleen mystique

Nicole Kidman
Avant-hier je ressemblais à une boule de spleen errante. Après l'avoir quitté, j'ai pris le train en direction de Montparnasse, la batterie de mon Archos presque à plat. Vivre un spleen sans musique, c'est un peu manger des frites sans ketchup. Même la mélancolie, sans saveur, n'a que peu d'intérêt.
A Châtelet les Halles, près de la fontaine aux Goths comme Lui l'appelle, je me suis assise sur les marches, le regard tourné vers Beaubourg et ses gros tuyaux colorés. Mes yeux se sont plongés dans la foule et je suis restée un long moment à la contempler, hypnotisée par ces badauds ordinaires ou sortis de bandes-dessinées pour certains.
Puis j'ai sorti mon carnet à pensées et j'ai couché, avec un bic trop usé, mon brusque cafard. J'avais envie de l'écraser sournoisement contre ces lignes vierges. C'était venu comme ça d'un seul coup. Dans le métro, alors que je répétais cette facheuse tendance à regarder le nom des stations apprises par coeur, j'ai senti mon moral se défaire comme un boulon qui se décroche avant de faire péter la machine. Je me suis mordue la coin des lèvres pour coincer quelques larmes au fond de mes yeux déjà inondés. Avec le temps j'avais quelque peu pris la main pour contrôler cette tristesse mesquine. Je sais la dompter. Il suffit que je le veuille. Mais parfois je me surprends à penser qu'il est doux d'être mélancolique. Alors je les ai laissé rouler doucement sans volonté aucune de les retenir.
Il me dit que je dois résoudre mes problèmes un à un. J'ai bien pris le temps d'essayer de les identifier, bien que cela ne soit pas tellement évident. Il y a tellement de choses qu'on n'ose s'avouer. Comment faire face à ses démons lorsqu'on ne sait où ils se cachent. Qu'est-ce qui me fait encore peur aujourd'hui. C'est bien le mystère à résoudre.
Dernière pensée du soir

Soudain, j'eus envie de.
Mais ce n'était rien.
Rien qu'un passage interdit entre deux saisons des pleurs.
C'est éphémère, comme tout heureusement.
Existe-t-il une météo de l'humeur.
Pourtant rien n'est prévisible en ce moment.
Je suis cyclothymique et mon spleen soudain était irrationnel.
On passe sa vie à se demander ce qui cloche.
Est-ce qu'on se demande souvent pourquoi ça va bien.
C'est mal de penser à minuit vingt-six.
Je ferais mieux d'aller voir Morphée.
Inutile / Dérisoire / Solitaire.
Je hais les fins de mois.
Ca ira mieux en juin.
J'ai besoin d'une épaule.
C'est Absurde.
Me croiriez vous si je vous disais que tout va bien.
Bonne nuit
26 mai 2006
Lost with Kirsten

Kirsten Dunst
Accueilli sans enthousiasme sur la Croisette, Marie-Antoinette ne fait à mon avis que confirmer l'immense talent de SofiaCoppola. Après les sublimes Virgin Suicide et Lost in Translation, elle réalise ici un film d'une grande justesse et surtout d'une grande humilité. Si les artistes de talent savent se réapproprier les oeuvres, Sophia Coppola a réussi quant à elle a retranscrire l'histoire à sa manière, avec une sensibilité touchante et communicative. Marie-Antoinette a quelque chose d'à la fois simple et grandiose, décrivant le spleen de cette reine, sans jamais tomber dans le pathos ou le pleurnichard. Ce que j'aime dans le travail de Sofia, c'est quelle parvient à inspirer l'admiration sans jamais trop en faire. Et malgré tout, c'est un véritable festin de couleurs, de sons, d'émotions, de sensibilités qu'on dévore avec plaisir, sans rien jeter. On retient ses oeuvres comme des joyaux pelliculés, fabriqués d'une main de maître sans prétention, ni vanité. Durant deux heures, on rit, on s'étonne, on s'émeut, on se laisse prendre au jeu sur une bande son qui mélange délicieusement pop et menuet. On se sent proche de cette reine que Kirsten Dunst interprète avec tant de justesse et de classe. Elle nous livre une oeuvre moderne tout en retenu, et qui pourtant semble coller si près à cette époque vouée à la démesure. C'est le genre de film dont vous sortez silencieux et apaisé par toutes ces douceurs visuelles, et qui donne envie d'aimer le cinéma encore et encore.
24 mai 2006
Un ptit air d'insouciance et de vacances
Je me suis éprise des métaleux finlandais de Lordi, gagnants de la dernière édition de l'Eurovision. Je dis ça sans ironie aucune et suis assez satisfaite de leur victoire. Le plus risible dans l'histoire, ce n'est certainement pas le style du groupe, mais plutôt les commentaires déplorables des deux gugus en off, encore plus has been que ce rendez-vous musical ("on les retrouvera au zoo", "c'est pas avec ça qu'ils vont gagner")... Et vous, on peut vous souhaiter une bonne retraite dès aujourd'hui messieurs ? Bonjour la tolérance. Vive la diversité ! Ce programme est aussi représentatif de la musique contemporaine européennne, que mes chaussettes de la mode française. Elle dit qu'il y a rapport.
L'euphorie est au rendez-vous en cette veille de long week-end. Que j'aime le mois de mai, ses jours fériés et son soleil éclaboussant aux premières lueurs, qui finit généralement noyé dans les averses de fin de journée. Il est bientôt midi et le temps est devenu exécrable, comme l'humeur des Parisiens lorsque vous leur annoncez qu'on leur supprime leur pont tranquilisant .
Pour ma part, quatre jours de farniente en perspective, qui se rempliront assez rapidement avec des sorties monomaniaques dans les salles de ciné pour rattraper mon retard. Les copines partent en week-end, l'homme travaille d'arrache-pied son rapport ;), la mère, faut y penser parce qu'on se la fête dimanche et Benjamin Castaldi ne présentera plus dès ce soir la Nouvelle Star, remplacé imminament par Virginie Elfira. Oui je sais, ça vous en bouche un coin.
J'ai encore une tonne de choses à faire. Tenez par exemple, on m'a demandé d'écrire ma bio personnelle quelque peu enrobée, pour l'inclure dans de prochaines reco... J'aime terriblement m'inventer des vies mais là... A la place, je bloggue allégrement pour passer le temps et éviter de réaliser cette newsletter interne qui m'ennuie affreusement. Que c'est bon de se sentir libre de faire ce qu'il vous plaît sans culpabiliser. Et si j'ai envie de rire un ptit coup toute seule dans mon coin, je me regarde un ptit coup de :
23 mai 2006
Never forget you

Penelope Cruz
Ca faisait déjà quatre ans qu'on avait mis le bac dans nos poches, suivi nos propres chemins. Certains sont restés proches, d'autres ne se parlent plus. Les retrouvailles ont remis au goût du jour ces amitiés distordues par le temps. Mais rien n'avait changé, surtout pas nos éclats de rire, exemptés de rides, dépoussiérés au premier bonjour. C'était comme à l' époque où l'on se disait encore inséparables. Après nos 18 ans, chacun a mené sa barque, tout droit, de biais, ensemble ou séparément, surtout moi, qui suis partie vers d'autres horizons faire le tour de la vie en solitaire.
Et puis se retrouver un jour, par envie, pour se raconter ce que l'on est devenu, c'est bien aussi pour se souvenir que l'on était bons copains. Et malgré ces absences prolongées, personne n'a oublié cette adolescence heureuse conquise en bande. Le tour de table est concluant. Le meilleur ami a les cheveux longs et gagne bien sa vie dans un centre pour handicapés. Un moment je lui demande comment sont les filles là-bas. Il me répond "bah handicapées". "Non mais je voulais savoir si elles étaient jolies..." Aheum. J. tu n'as pas changé... Il nous annonce qu'il est avec quelqu'un depuis deux semaines, je lui dis "oh moi aussi !". On se tape sur l'épaule, le regard complice, on s'est compris. K et L sont toujours ensemble et ça fait déjà cinq ans. Presque tout le monde est casé et l'on apprend que J. et K. vont avoir un enfant. Pfiou, ça donne un coup de vieux, même à 22 ans. Les uns continuent les études, les unes passent l'IUFM pour devenir instit', les autres essaient de se frayer un chemin sur la place du marché. On prend des nouvelles des absents, de l'ex-meilleure amie aussi (ah la fameuse !), on apprend que machin est homo (ça c'est hype !), que machine ne fréquente que des salauds, que trucmuche sort avec un allemand dont on mettra quatre heures à trouver le prénom.
On passe la soirée à rire bruyamment dans le restaurant, à emmerder les voisins (qui plus tard pousseront des soupirs de soulagement à notre départ), à se souvenir des noms de camarades oubliés, de gens qu'on aurait haï, des profs que l'on a eu, des moments inoubliables retrouvés le temps d'un bruissement de pensées, ravivant des souvenirs trop lointains et puis moi, criant toujours trop fort cette fameuse réplique "dans ton cul"...
L. nous dit qu'il n'y a qu'avec nous qu'elle arrive à avoir des fous rires semblables. J'ai ce même sentiment de retrouver mes 18 ans et mon non-sérieux de sale gosse qui sortait des blagues encore plus nazes qu'aujourd'hui.
Les heures ont été encore plus fugaces que d'habitude. Lorsque les aurevoirs sont arrivés, on s'est promis de se revoir avant d'avoir tous les cheveux blancs. Je sais que les prochaines retrouvailles ne sont pas pour demain, mais qu'est ce que ça nous a fait du bien d'avoir pu flirté le temps d'une soirée avec ce passé si réconfortant.
22 mai 2006
Epilogue

Christina Ricci
Le week-end avait bien commencé, malgré le soleil éteint et la pluie en mode averse horizontale sous le vent cyclonique. Derrière la vitre, chaudement lovés sous la couette, on peut s'en foutre. Qu'est-ce qu'on est bien. Et puis la journée galope, avec son heure de repartir pressante, le carosse SNCF attend sur le quai de gare fourni en lycéens. J'emprunte le chemin du retour, une nouvelle fois heureuse d'avoir été ébahie par sa présence. C'était pédant de croire qu'à 21 ans, j'avais tout resenti, les pires bonheurs, comme les plus belles souffrances. Parce qu'il n'y a pas d'âge pour être désabusé ou pulpeux d'espoir. Du moment que l'on est encore en vie, il est possible d'être surpris par ces matins tendres aux sourires endormis. Je me suis laissée griser et le remercie, Lui, de me faire découvrir chaque jour un peu plus les joies oubliées d'être deux.
L'après-midi s'est gâtée. Le ciel s'est couvert. Mon humeur s'est assombri. Avec mon ex, nous devions aller voir un couple d'amis commun. Habitant à deux pas de chez moi, je suis allée le chercher pour qu'il m'y emmène, mon ingénuité au fond du sac à main. Vous pouvez penser que je suis idiote, je vous donnerais raison. Lorsqu'il a refermé la porte de sa chambre en coinçant la cale rouge dans l'embrasure comme au bon vieux temps, je l'ai dévisagé avec stupeur et lui ai dit "non pas ça". Il me demande si je fais la tronche parce que je m'entête à rester muette, le visage fermé et l'air agacé. Je lui répond que non. Simplement, je ne ferais rien de ce qu'il voudra. Je suis resortie vite fait de cette pièce étouffant les souvenirs rocailleux qui égratignent le bonheur. Je suis partie dire bonjour à sa soeur pour échapper à mon bourreau.
De retour dans la chambre un peu plus tard, il a recommencé le même manège, me dit de m'asseoir, que ça serait la dernière fois, qu'il me laisserait tranquille après. Je vous passe quelques détails sordides qui me donnent la gerbe rien que d'y penser. Je me suis sentie salie, même si heureusement, il ne m'a pas touchée. Il n'a suffit pourtant que de quelques gestes pour que je sente ma sérénité profondément violée. J'ai fermé les yeux et sans bouger je me suis mise à penser que j'avais pardonné plus de mille fois au plus grand connard que j'avais rencontré. Je me suis rendue compte alors qu'on ne pouvait ignorer sempiternellement les erreurs d'une personne que l'on avait pu aimé dans le temps, surtout si cette dernière vous manquait cruellement de respect. Pourquoi étais-je si naïve.
J'ai déguerpi dans le couloir, ai remis mes chaussures, l'ai pressé de partir. Lui, déçu comme chaque fois que je lui dis non, prend ses airs de gamin offensé à qui l'on aurait refusé les caprices. Dans l'ascenceur, sa main s'égare près de mon chemisier, tandis que la mienne vient lui coller une gifle. A ce moment là, je suis simplement exténuée, exaspérée, triste et déçue, écoeurée aussi.
Dans la voiture, je le menace d'appeler sa copine et lui dit surtout qu'après ce jour, je ne voulais plus jamais entendre parler de lui. Je me suis revue, il y a un an à cette même place, avec d'autres sentiments et brusquement je me suis sentie terriblement conne. Je n'ai pas compris. Chaque époque est ponctué d'attitudes incompréhensibles, de sentiments inexplicables. Comment j'ai pu... Il vaut peut-être mieux ne plus y penser. Ensuite, il y a eu cette remarque que j'ai trouvée totalement déplacée "Autrefois j'étais le plus merveilleux des hommes et comme par hasard aujourd'hui je suis un gros connard. Pourtant je n'ai pas changé". Se rendait-il compte au moins de la sottise qu'il venait de proférer. Je n'en croyais pas mes oreilles. C'était tellement ridicule. Oui effectivement. Un homme merveilleux qui pendant trois ans m'a fait pleuré tous les soirs et m'a poussé dans une dépression sans anticyclone. Il a fini par conclure "Comportons nous comme des ex. Ne nous voyons plus."
Amen.
Il n'est finalement pas venu chez les amis, m'a déposé, est reparti. Il attendait peut être que je le supplie de venir. Je suis descendue, me suis éloignée en claquant la porte, ne me suis pas retournée.
Le soir, il a essayé de me rappeler. Je n'ai pas décroché.
Je prends conscience qu'aucune blessure ne se referme vraiment. Il y a aura toujours des idiots pour venir les ré-ouvrir malgré votre volonté de les oublier. Il faut désormais que j'apprenne à avancer, avec cette plaie ouverte et qui pourtant arrive à me faire moins mal avec le temps. Mais finalement qu'est ce que j'en avais à faire. De nous deux aujourd'hui, c'était moi la plus heureuse, la moins timbrée sans doute. Il arrive un moment où il faut arrêter de culpabiliser, de croire que c'est à cause de soi que tout cela arrive.
Honnêtement, que pouvais-je me reprocher aujourd'hui ? D'avoir pardonner encore et encore avec ce fol espoir qu'une amitié aurait été possible. Pourquoi s'était-on bien quitté pour en arriver là ? Pourquoi était-ce moi qu'il avait trahi et qui aujourd'hui me retrouvais à vouloir être conciliante.
Voilà comment se finira cette histoire. Même pas tragique. Un tantiné ridicule.

19 mai 2006
Freaky Friday

Kirsten Dunst
Dans la rue Saint Denis ce matin, un homme aux airs étranges m'a abordée. Mon casque sur les oreilles, je n'ai perçu au premier abord que son regard menaçant et son attitude trop louche pour être affable. Il me demande si je parle français puis me lance quelques invectives injustifées "ce n'est pas poli de ne pas répondre blablabla". Je crois que c'est la première phrase qu'il m'ait dite. Il a continué à me suivre en m'affirmant qu'il portait sur lui deux seringues contaminées par l'hépathite et qu'il voulait me les planter. Je ne sais pas exactement ce que j'ai resenti lorsque son pas s'est collé au mien. Mon coeur a légèrement accéléré la cadence. En même temps je me disais que dans ce genre de cas, les mecs ne prenaient pas la peine de te prévenir avant de passer à l'acte. C'était presque risible si du moins, il arrêtait de m'escorter. Je suis restée impassible devant lui, faisant mine de ne pas me soucier de ses menaces. J'ai murmuré "je dois aller travailler excusez moi". Ce à quoi il répondit "tu pourras aller voir la police et tu aurais raison". J'arrivais déjà presque au bureau, déviant ma route pour ne pas entrer dans l'immeuble, lorsqu'à ce moment-là, l'individu se met à rire de façon cynique et s'éloignant il me révèle la chute de l'histoire qui constituait pour lui une bonne petite plaisanterie matinale. Ah oui, pour sûr, ça m'a fait beaucoup rire...
Bref.
Vous vous souvenez peut-être qu'au début de l'année, j'avais passé un entretien dans un grand groupe de télévision nationale. Ma prof journaliste, qui m'avait présentée à l'époque, m'a annoncé hier qu'ils m'avaient finalement retenue, répertorié dans leur liste et que je serais susceptible d'être appelée prochainement en cas de besoin. Je suppose que c'est une bonne nouvelle. Je suppose aussi que c'est beaucoup plus exaltant d'être chroniqueuse télé que chef de projet, que je pourrais dire adieu à mon anonymat (oh tristesse !), et que j'aurais certainement l'occasion si cela se concrétise de vous raconter pleins de choses croustillantes sur les gens du petit écran.
Le téléphone a sonné une fois dans le vide ce matin. Je vous laisse deviner qui c'était. Au final, je me suis mise à penser que cette situation, au delà d'une contrariété blessante, me rendait triste. Pouvais-je imaginer à l'époque, qu'un amour de trois ans tournerait à la bouffonnerie. Si quelqu'un a une solution autre que les insultes, l'indifférence ou le changement de numéro de téléphone, je suis preneuse.
Ce soir j'emmène Monsieur manger des tapas et pourquoi pas passer à la Flèche d'Or assister au concert gratuit organisé par Radio Néo. dans laquelle bossent deux de mes amis. Au programme, des découvertes de la nouvelle scène française. Si y en a qui sont partant et qui ne savent pas quoi faire un vendredi soir, c'est par ici.
Sinon, le trailer du film d'Oliver Stone concernant le World Trade Center est diponible. Je sens que ça va encore larmoyer dans les chaumières. Heureusement qu'on ne se coltine pas Bruce Willis... Sinon j'aurais crié au scandale ;) Tout de même, ça a l'air encore bien hollywoodiennement...aheum. Je vous laisse voir ça.
Bonne fin de semaine.
18 mai 2006
Mon expédition


Michelle Williams / Heath Ledger
C'était hier soir.
J'ai quitté le bureau à l'heure. Dehors, l'air trop lourd a kidnappé
la douceur de saison. La rue regorge encore de supporters footeux à la
sobriété assassinée. J'ai couru jusqu'à la première bouche de métro, me
suis engouffrée dans les couloirs vaporeux. Ma veste me tient trop
chaud. Je ne pense qu'à foncer tout droit vers le quai choisi pour le
rejoindre, lui. En chemin je m'arrête chez un fleuriste, mais les
bouquets en exposition interpellent ma déception. Je poursuis ma route
dans l'espoir de trouver mieux. Les minutes, elles, commençaient à
prendre du poids, écrasant mon impatience. Dans le métro, je regarde
les stations défiler sans empressement. Les garces. J'essaie de me
demander si je fais bien. J'hésite à faire demi tour. Me dis que non,
finalement. J'avais envie de le voir, même en coup de vent, pour
chasser le blues naissant qui m'avait sauté au cou dans
l'après-midi. Les pensées valsent une à une jusqu'à me donner le
tourni, imputable également à ma fatigue étourdissante. Vers Odéon, la
mélancolie me prend par la main. Celle qui vient généralement me rendre
visite en fin de mois. Je me suis souvent demandée si je pouvais
l'éviter, mais chaque fois, elle vient planter ses ongles dans ma chair
trop tendre. A Montparnasse je presse le pas, longe les interminables
couloirs, peste intérieurement contre ceux qui trainent des pieds. Même
le tapis roulant de chaipluscombien de Km/h semble s'être chopé une
arthrose.
J'aperçois des fleurs au loin, ne réfléchis pas
longtemps en voyant quelques roses me faire des appels de phare. Le
rouge est une de mes couleurs préférées. Il parait que c'est la couleur
des arrivistes. Je le suis en amour sans doute. Je voulais lui prouver
à quel point je tenais à lui, me suis souvenue que les preuves
d'amour comptaient. Au point où j'en étais, j'avais besoin de lui
montrer ces choses indicibles.
Je choisis un bouquet que le
vendeur me prépare avec soin. Il me dit "je t'aime" bien sûr. Ne me
laissant pas le temps de répondre, il a déjà collé l'étiquette prévue
pour ce genre de sentiment sur l'emballage froissé. J'acquiesce après
coup. Pourquoi pas. Il me tend un sourire complice en même temps que ma
monnaie. J'intercepte les deux avant de courir vers le quai indiqué,
puis sauter dans un train. Les gens dévisagent insolemment les roses
que je tiens étroitement contre moi. J'ai envie de leur crier que je
suis euphorique à l'idée de te revoir. J'ai chaud. Je boue
d'impatience. J'essaie de me contenir. Je me trouve sotte.
Plus
tard, dans ce wagon qui m'a mené jusqu'à lui, j'ai enlevé cette
étiquette trop suggestive, en pensant que c'était sans doute trop tôt
pour se le dire, même si mes sentiments frôlent indécemment parfois ce
resenti. Peu après, je me suis trouvée mal. Un peu coupable de
débarquer sans prévenir au risque de l'importuner. Il paraît que les
hommes n'aiment pas les surprises. C'est un bouquin de psycho "je me la
joue je connais les hommes et les femmes" qui me l'a dit un jour. Le
genre de livre qui tente de vous expliquer "pourquoi les hommes ne comprennent jamais rien et pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières".
A deux pas de sa porte, mon téléphone sonne... C'était lui. Coïncidence
troublante. Je suis arrivée, lui ai donné les fleurs et n'ai pu me
débarrasser de ce sentiment de culpabilité, d'où mon attitude que tu as
trouvé peu chaleureuse. Pourtant au fond de moi, quand je croise son
regard, lorsque j'ai ma main dans la sienne, ça fait toujours ce petit
chababada paisible et réconfortant.
Je suis repartie, bien sûr
déçue de n'avoir pu passé plus de temps avec lui. La séparation, comme
d'habitude m'a arraché un pincement au coeur. Je me suis sentie
déconnectée de la réalité, me suis trouvée exaspérante aussi. Qu'y
pouvais-je.
Sur le quai vide, tu m'as appelé, j'ai refusé de revenir, ligotée par mon embarras d'être là. J'avais la honteuse impression d'avoir cédé à mon propre caprice. Sa voix me berce et nous nous disons avec impatience à vendredi. C'est déjà demain. Le ballotement du train, les souvenirs d'antant, l'impression d'être vide, j'ai laissé rouler une larme futile sur l'écran de mon Archos, venue essuyer mes traces de doigts. Je zappe les musiques. Aucune ne semble convenir à mon humeur du moment. Je ne savais plus très bien en fait ce que je pouvais ressentir. Une certaine morosité sereine ou une sérénité morose, je ne sais.
Dans le train qui me ramène chez moi, je me suis sentie apaisée. Par la vitre, j'ai contemplé le jour se glisser doucement dans sa robe de chambre. La fille devant moi mime les paroles de la chanson qu'elle écoute. Elle ne fait pas attention à moi, fait comme si j'étais son miroir, vous savez, comme lorsque vous y jouez les stars devant, avec un micro imaginaire. Je fais de même, fait mine de chanter ce que j'écoute, je ne sais plus trop quoi. Ce n'était pas évident en tous cas, du métal je crois.
Je suis arrivée chez moi alors qu'il ne faisait pas tout à fait nuit, une heure et demi plus tard. Sur la route, je n'ai plus pensé à rien, si ce n'est qu'on était à J-2 des retrouvailles. Le quartier désert m'a accueilli à bras ouvert, me happant dans le silence de cette fin de journée bien étrange.
J'ai aimé le revoir. Même si ce ne fut qu'un court instant. Il me restait seulement comme dernier plaisir la rémanence de son regard et la tendresse de ses baisers. C'est déjà ça.
17 mai 2006
Au chant des barbares

Nicolette Sheridan
En direct de la Rue Saint Denis sur laquelle mon bureau donne, nous assistons à un véritable déferlement de supporters anglais et espagnols. Ambiance de stade assurée, les cris et les chants s'élèvent entre deux coups de klaxons tonitruants. C'est presque effrayant. En bas, ils sont en train de vider les tavernes du coin. Le ton monte, proportionnellement au taux d'alcool versé dans leur sang. C'est joyeux. Et pour cause, ce soir se joue la finale de la Ligue des Champions entre Arsenal et Barcelone, pour laquelle des billets, hier encore, se vendaient au noir jusqu'à 6 000 euros. A ce prix là, je préfère me payer 20 baladeurs Archos ou même 1000 boîtes de préservatifs ! Je ne savais pas qu'il fallait être riche pour aimer le foot. A moins d'être idiotement riche pour investir une telle somme afin de voir des mecs courir après un ballon... En même temps, pourquoi pas, il y en a bien qui sont près à payer 350 euros par mois pour avoir un webmail, parce que la gratuité, c'est has been et pas assez valorisant...
Il reste 1 heure et demi de travail à tout casser et j'arrive à saturation bien que je me sois sentie totalement improductive ces six dernières heures. Un client arrive dans une petite demi-heure et je croise les doigts pour que la réunion ne s'éternise pas. Je viens de faire la vaisselle pour la troisième fois de la journée. Alors comprends maman pourquoi je soupire tous les soirs devant l'évier !
J'ai envie d'aller acheter des fleurs en sortant du travail, de faire de la route pour les lui offrir. J'ai pensé aujourd'hui que je devais freiner mes élans, mais finalement, j'ai l'impression que c'est plus fort que moi. Je suis conscience qu'il faut savoir parfois auto-réguler ses sentiments. Ca me fait peur de m'attacher autant, aussi vite, aussi fermement. Chut les émotions. Chut. J'ai l'impression d'être à côté de la plaque avec mon romantisme dégoulinant. Ou pas.


















